L'écrivain
a bouclé sa trilogie. Après "Assassins" et
"Criminels",
le Lausannois d'adoption publie "Sainte-Bob" aux Editions
Gallimard. Boudant le repos,
il planche sur deux scénarios pour le cinéma et les nouvelles chansons
de Stéphane Eicher.
Entre écrire et lire, que préférez-vous?
Lire, c'est plus simple ! Mais ce n'est pas comparable. Il y a la même
différence qu'entre la position de l'acteur et celle du spectateur.
Etes-vous content de ce que vous écrivez
ou cherchez-vous plutôt à plaire au lecteur pour faire une bonne
vente?
J'écris les livres que j'aimerais lire. Si j'avais le malheur d'écrire
un jour un livre abouti, j'aurais des problèmes pour les suivants. Je
me remets continuellement à la tâche et essaie de faire mieux. Ce qui
me plaît, c'est le désir du livre. Et j'ai bien sûr envie de faire de
bonnes ventes, ça facilite la vie. Grâce à la reconnaissance, on
agrandit le cercle des 3000 fidèles pour lesquels on a plus rien à
prouver. Mais il n'y a pas de recette pour avoir du succès. Ou peut-être
que, en écrivant des polars ou des livres d'angoisse, on a plus de
chances de cartonner.
Lisez-vous des romans érotiques et
qu'est-ce que vous y trouvez?
Non. En revanche, je lis Sade ou Georges Bataille car on y aborde un
genre qui n'est pas tellement exploré.
Avez-vous déjà pleuré en écrivant?
Non, mais j'ai déjà ri aux éclats.
Vous est-il arrivé de vous fâcher
avec un éditeur?
J'en ai eu deux et je me suis fâché avec le premier, Bernard
Barrault, quand il a vendu sa société à Flammarion sans me prévenir.
Je ne voulais pas être édité dans cette maison, alors je suis parti
chez Gallimard.
Etes-vous un dévoreur de livres en
tout genre?
Pas du tout. Je lis essentiellement des romans et jamais de série
noire, de science-fiction ou de livres d'histoire.
Lorsque vous écrivez le texte d'une
chanson, vous mettez-vous à la place de l'interprète?
J'essaie de l'écrire pour le chanteur tout en tirant un peu la
couverture à moi. Je ne me dis jamais: "Qu'est-ce qui convient à
Eicher?" La preuve, il n'arrive pas à prononcer les "r"
et il faut souvent que je change mes phrases.
Que pensez-vous de la valeur littéraire
des chansons françaises de cette dernière décennie?
Il y a des trucs pas mal. Certains chanteurs comme Bashung, Noir Désir
ou Miossec font des efforts et sont vraiment très bien. Il y a de la
recherche et un niveau qui n'a jamais été atteint si on excepte les
Brel ou Léo Ferré. Il y a un langage d'aujourd'hui. Mais je ne trouve
pas, et je parle aussi pour ma pomme, que les textes des chansons ont
une valeur littéraire.
Connaissez-vous le contenu du livre
avant de le commencer?
Jamais. Si je le connaissais, ça ne m'intéresserait pas de l'écrire.
Mais j'ai l'impression que l'histoire est inconsciemment en moi et que
je dois la découvrir, dérouler la bobine.
Pour quelle raison les (anti)- héros
de vos romans ont un caractère similaire? Sont-ils votre reflet?
C'est toujours la même personne qui parle qu'elle soit homme ou
femme. Mes personnages doivent me toucher, car ils vivent pendant un an
avec moi. Je suis peut-être orgueilleux, mais je ne pourrais pas vivre
avec un salaud ou un imbécile. Quand je m'attaque à un roman, ce n'est
pas de gaieté de cœur car ça me complique la vie. Si je ne suis pas
bien, je pourrais vite devenir dépressif. J'écris à la première
personne et mon humeur déteint sur mes personnages.
Propos recueillis par Sophie
Winteler (Webdo, 07/1998)
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