Djian, le retour du rebelle

Chaque fois qu'il soit un livre, c'est la même histoire. Philippe Djian caracole en tête des meilleures ventes. Le public le découvre on 1986. L'adaptation de son troisième roman 37.2 le matin par Jean-Jacques Beinex est un triomphe : quatre millions d'entrées dans la France entière. Le livre connaît un succès identique : près d'un million d'exemplaires toutes éditions confondues. Une génération s'identifie à ses deux héros Betty et Zorg joués par Béatrice Dalle et Jean-Luc Anglade. Un auteur culte est né. Il écrit des textes pour le chanteur suisse Stephan Eicher. Il signe notamment son tube Déjeuner en paix. 

La légende dit qu'il porte une boucle d'oreille et des bottes pointues. Il mène une vie à la Cendrars : Biarritz, Boston, Florence, Bordeaux et aujourd'hui Lausanne. Cependant, une bonne partie de la critique le boude. Djian ne la porte pas dans son cœur. Renaud Matignon écrit dans Le Figaro littéraire du 13 mai 1994 à propos de son roman Assassins : On parle de tout, en somme, au sujet de M. Djian, sauf de ses livres, et c'est bien explicable : lu de près, le dernier de M. Djian n'existe pas. Il n'empêche. Après sept romans et deux recueils de nouvelles, Djian s'est forgé un public fidèle. Ils sont un peu plus de cent mille à chaque sortie. On voit en lui un rebelle, un marginal qui brasse les thèmes à la mode, le désespoir, la drogue, le sexe. Dans les rares interviews qu'il accorde, Djian affirme pourtant : " Je suis banal". Père de trois enfants, il vit avec la même femme depuis plus de vingt ans. Et ce poète maudit est édité depuis 1993 chez Gallimard. 

La maison de la rue Sébastien-Bottin publie aujourd'hui son neuvième roman, Criminels. C'est le deuxième volume d'une trilogie entamée on 1993 avec Assassins. Le style n'a pas changé, sec et brutal, dialogues au scalpel et ponctuation fantaisiste. Sur les rives d'une rivière imaginaire, la Sainte-Bob, des couples se débattent avec leur désespoir existentiel. Francis, le narrateur est chômeur et divorcé. Il a un frère homosexuel. Il vit avec Elizabeth. Mais il voudrait bien garder son père malade avec eux. "Les personnages de Criminels, écrit Djian, parlent sans espérer vraiment être entendus : pour se rassurer, peut-être, pour savoir ou ils en sont, pour se persuader qu'ils existent. Ils pourraient aussi bien crier, ou gémir, ou chanter. C'est pourquoi le récit se présente comme un chœur foisonnant, un chaos de voix et de bruits." 

© Sébastien Le Fol, Le Figaro, 14/01/1998