Philippe Djian : "Ca c'est un baiser", entretien

 


Dans le dernier roman de Djian,
on ne s'aime pas, on se croise

 

L'écrivain français frise la perfection d'écriture. Et se rapproche de Richard Brautigan qu'il adore, pour «faire tenir un drame dans un dé à coudre».
Tout le monde est fêlé dans Impuretés, le nouveau roman de Philippe Djian. La mère actrice sur le déclin, le père écrivain raté, le fils qui panique face au sexe, les copines sadiques et j'en passe, sur fond d'évocation d'une fille et sœur morte, peut-être suicidée. Mais ce portrait de la dérive d'une société huppée où l'on ne s'aime pas - on se croise - n'est pas l'intérêt majeur du roman. Philippe Djian frise la perfection dans son écriture. Musicale. Maîtrisée. Magistrale.
Comme il le dit, c'est une première phrase presque anecdotique qui lance le roman. Mais l'impression de lecture dans Impuretés est bel et bien que c'est l'écriture elle-même, son mouvement, sa musicalité, qui relance à chaque fois le récit et structure les personnages. C'est un talent assez rare pour être souligné trois fois.
Comme dans un précédent ouvrage, Lent dehors, on retrouve l'art de mettre en place un paysage. On dirait la côte ouest des Etats-Unis, mais aucune géographie n'est spécifiée. Le paysage frôle le statut de personnage. Il est surtout ciselé pour servir d'écrin au drame que Philippe Djian construit patiemment. A propos de Richard Brautigan, un des auteurs qu'il adore, Djian avait dit admirer cette capacité à créer «un drame dans un dé à coudre». Moyens minimalistes pour faire naître le malaise, l'angoisse, l'éclatement des tensions entre des personnages, le tout au travers exclusif du langage. Et non d'une lourde théorie psychologique à vérifier. Impuretés restera indubitablement un livre important dans la bibliographie de Philippe Djian.  

 

Jacques Sterchi, La Liberté (03/05)