Ceux qui ont fait Djian
Avant de devenir écrivain, Philippe Djian en a lu beaucoup.
Il leur rend hommage dans un livre en forme de reconnaissance de dettes: Ardoise


Si le titre change, l'exercice reste le même. Marcel Proust puis Roger Nimier l'appelèrent Journées de lecture, Cioran, Exercices d'admiration, Henry Miller, Les Livres de ma vie. Philippe Djian a choisi Ardoise pour résumer en un mot sa reconnaissance de dette aux auteurs des romans qui lui apprirent à devenir, mieux qu'un écrivain, tout simplement l'homme qu'il est. Sa préface souligne : «Je n'ai pas l'intention de dresser un inventaire ni d'effectuer un classement des dix meilleurs depuis les origines. Mon intention est plus modeste, elle se limite aux lectures d'un jeune homme. A quelques pierres blanches.»

Tout futur écrivain possède son livre et son auteur fondateurs. Dans Le Mausolée des amants, son journal posthume, Hervé Guibert avouait : «Genet m'a donné la liberté.» Récemment, avec «J'écris Paludes», Bertrand Poirot-Delpech confiait l'importance du roman de Gide pour l'adolescent qu'il était alors. Ici, Djian rapporte le coup de foudre de Charles Bukowski pour Demande à la poussière, de John Fante, déclarant: «Ce livre fut ma première découverte de la magie.» A 18 ans, Djian, lui, ouvre L'Attrape-Cœurs, de Jerome David Salinger: «Avant, je ne savais pas ce qu'était un livre.» Pendant des années, il va «l'étudier, le décortiquer». Ensuite, ce seront les rencontres magistrales de Céline et de Cendrars. Son envoûtement pour Faulkner: «Je lui dois des vertiges qu'aucune drogue n'a jamais déclenchés dans mon esprit», note-t-il. Son amour pour Melville et Moby Dick, son admiration pour la vitalité littéraire de Henry Miller, sa gratitude envers Jack Kerouac: «Sur la route n'était pas un simple roman, mais un traité de savoir-vivre. De savoir comment vivre.» Son affection pour Hemingway, «le faux costaud», son attachement à Richard Brautigan et à Raymond Carver, ces écrivains qui «ont une voix». Car, pour Djian, la lecture et l'écriture sont avant tout histoire de musique, et donc d'oreille: «Le style par-dessus tout.»

Mieux qu'en une autobiographie, Philippe Djian dessine sur son Ardoise le portrait impressionniste d'un amoureux fou de la littérature.

© Martine de Rabaudy, L'express