Pornograhie, par Philippe Djian


31 écrivains face à la haine

Pornographie

Je pense avant tout aux enfants. Et quant au spectacle qui nous est donné - et pas seulement en France -, j'estime qu'en matière de pornographie, autant leur en donner de la bonne. 
Irène me rejoint dans la salle de bains. elle vient de préparer le repas du soir et son front est encore luisant et elle ne semble pas apprécier d'avoir à s'occuper de moi, mais je fais partie de son boulot et elle me considère un instant en silence. 
j
e suis assis nu, dans la baignoire et dehors, l'orage assombrit le ciel filandreux et je la sens nerveuse, enveloppée comme un saucisson dans sa blouse à carreaux que ses aisselles ont détrempée. 
puis elle se déboutonne avec un sourire mou et jusque-là, tout est normal. elle se met toujours en petite tenue pour me donner mon bain. mais voilà qu'elle grimpe dans la baignoire et me fait face avec ce sourire bizarre.  
" retire ma culotte ! " me dit-elle. 
j'obéis et elle cale ses mollets sur les rebords de la baignoire et elle soulève son bassin, braque son machin poisseux - dont je perçois aussitôt la forte odeur d'urine - dans ma direction et puis elle se met à me pisser dessus. 
elle m'arrose copieusement et d'abord en pleine poitrine et puis les bras et les jambes et ensuite le visage et j'en ai le souffle coupé. 
quand elle a fini, je me mets debout et la douche à mon tour et je lui pisse à la figure et j'essaie de viser sa bouche et elle passe sa langue sur ses lèvres, les yeux fermés et se frotte les bras, les nichons et le ventre et je secoue les dernières gouttes sur son nez. 

Ce texte est paru initialement dans le journal Le Monde, (28/03/1998)